Préparer sa première consultation psychiatre TDAH — le mode d'emploi
Guide concret et chaleureux pour arriver prêt·e à ta première consultation psychiatre TDAH adulte : ce qu'il faut lister avant, comment parler pendant, quoi noter après. Templates, outils (ASRS, DIVA-5), adresses ressources.
Pourquoi on prépare une consultation — et pourquoi c’est particulièrement vrai quand on est TDAH
Tu as attendu 3, 6, parfois 12 mois pour obtenir ce rendez-vous. Tu ne veux pas en sortir avec le sentiment d’avoir “oublié l’essentiel”. C’est un scénario très classique, pour une raison simple : le TDAH lui-même complique la préparation et la narration de soi en situation de rdv.
Concrètement :
- Anxiété d’oubli — tu sais que tu as des tonnes de choses à dire, tu paniques à l’idée d’en zapper 80 %, et la panique te bloque la mémoire.
- Time blindness pendant le rdv — 45 minutes passent en 10 subjectives, ou l’inverse. Tu t’embarques sur un détail, tu n’as plus le temps pour le vrai sujet.
- Paralysie d’initiation — “par où je commence ?”, et le silence s’installe.
- Difficulté à narrer sa propre histoire — sur l’instant, tout semble flou ou banal. “Ça va, j’ai toujours été comme ça, c’est normal.”
- Tendance à se minimiser — tu veux pas “exagérer” ou “paraître malade”, donc tu raccourcis, tu arrondis, et tu dis “ça va”.
Préparer son rdv, ce n’est pas être hyper-scolaire. C’est t’accorder à toi-même un accommodement raisonnable, qui fait que ton psychiatre pourra t’entendre réellement.
À faire AVANT le rdv
1) Lister tes symptômes par cluster DSM
Le DSM-5-TR [6] organise les symptômes TDAH en deux grandes colonnes : inattention et hyperactivité-impulsivité. Structurer tes notes comme ça aide le psychiatre à faire le lien avec les critères diagnostiques.
Colonne inattention — exemples de difficultés :
- Ne pas tenir une attention soutenue sur une tâche ennuyeuse.
- Erreurs d’étourderie, détails ratés.
- Ne pas écouter quand on te parle directement.
- Ne pas finir ce que tu commences.
- Difficulté à t’organiser, planifier, hiérarchiser.
- Éviter ou repousser les tâches qui demandent un effort mental soutenu (paperasse, comptabilité, etc.).
- Perdre des objets (clés, téléphone, papiers).
- Distraction par des stimuli externes ou internes.
- Oublis dans les activités quotidiennes (rendez-vous, promesses).
Colonne hyperactivité-impulsivité — exemples :
- Remuer constamment, ne pas tenir assis·e, taper du pied.
- Sensation d’être “branché·e sur secteur”, ne pas décrocher.
- Parler beaucoup, difficulté à écouter sans interrompre.
- Répondre avant la fin des questions.
- Impulsivité dans les décisions (achats, départs en voyage, changements de carrière).
- Difficulté à attendre son tour (file d’attente, conversation).
- Coupure des conversations, intrusion dans celles des autres.
2) Récolter des exemples concrets de ta vie quotidienne
Pas ça : “j’oublie souvent, je suis désorganisée, je n’arrive pas à me concentrer.”
Ça oui :
- “Cette semaine j’ai oublié mes clés 4 fois : mardi à la salle, mercredi en rentrant, jeudi au boulot et ce matin en partant. J’ai dû appeler la concierge deux fois.”
- “Mon rapport de boulot était à rendre jeudi. J’y pense depuis 3 semaines, j’ai ouvert le doc 17 fois, j’ai rien écrit. Je l’ai fini à 4h du matin jeudi, en panique.”
- “Hier j’ai coupé 3 fois la parole à mon/ma partenaire sans m’en rendre compte. Je l’ai compris quand il/elle a quitté la pièce en silence.”
Le concret pèse infiniment plus qu’un adjectif. Ton psychiatre a vu 1 000 personnes dire “je suis désorganisée”. Il n’en a pas vu 1 000 lui décrire un lundi précis.
Objectif : 1 ou 2 exemples concrets par symptôme principal.
3) Demander un avis tiers si tu peux
Le TDAH a un critère de persistance et d’impact, et l’observation extérieure pèse lourd dans l’évaluation [5] . Si c’est possible, demande à une ou deux personnes qui te connaissent bien (parent, partenaire, meilleur·e ami·e de longue date) :
- Depuis quand tu me trouves comme ça ?
- Qu’est-ce que tu remarques concrètement ?
- Est-ce qu’il y a un moment, un exemple récent qui t’a frappé·e ?
Tu peux leur demander d’écrire 5-10 lignes que tu apporteras au rdv, ou, si tu es proche d’eux·elles, leur demander de venir avec toi pour témoigner si le psychiatre le propose. Pas obligatoire, souvent très utile.
4) Apporter des bulletins scolaires si tu les retrouves
Un critère diagnostique officiel (DSM-5-TR) : les symptômes doivent être présents depuis l’enfance (avant 12 ans). Les bulletins scolaires sont une preuve écrite fréquente de cette persistance [2] .
Ce qu’on y retrouve souvent : “rêve trop”, “distrait·e”, “potentiel non exploité”, “bavard·e”, “manque d’attention”, “ne finit pas son travail”, “besoin de se concentrer davantage”. Même partiels, même perdus au grenier, tout ce qui remonte aide.
Si tu n’en as pas : pas grave, ce n’est pas un bloqueur. Ton narratif d’enfance (que tu peux travailler avec un·e parent, si possible) suffit.
5) Lister tes médicaments actuels + traitements antérieurs
Le psychiatre aura besoin de connaître :
- Tous tes traitements actuels, dose et durée.
- Les traitements psy que tu as pu prendre (antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères — qu’ils aient “marché” ou pas).
- Les thérapies que tu as faites (TCC, psychanalyse, EMDR, coaching).
- Les diagnostics antérieurs éventuels (dépression, anxiété, burnout, trouble alimentaire, trouble du sommeil, etc.).
Beaucoup d’adultes TDAH ont été diagnostiqués·e·s “dépression résistante” ou “trouble anxieux” avant que le TDAH soit posé — ces infos aident au diagnostic différentiel.
6) Noter l’impact fonctionnel par domaine
Le TDAH n’est diagnostiqué que s’il y a un retentissement fonctionnel significatif dans au moins deux domaines. Fais le tour :
- Travail / études : retards de rendu, oublis, conflits avec la hiérarchie, impression de sous-performer par rapport à ton potentiel, épuisement de compensation ?
- Couple / famille : conflits récurrents sur le même thème (“tu n’écoutes jamais”, “tu oublies tout”, “tu démarres rien”), tensions sur les tâches domestiques, sensation de ne pas tenir ton rang ?
- Parentalité (si concerné·e) : sensation de débordement constant, culpabilité massive ?
- Vie sociale : oublier les anniversaires, annuler au dernier moment, ne pas rappeler, éviter les invitations par peur de mal gérer ?
- Argent : comptes à découvert par oubli, achats impulsifs, factures en retard, incapacité à suivre un budget ?
- Corps / santé : oubli des rdv médicaux, oubli des prises de médicaments, sommeil chaotique, alimentation erratique ?
Quelques phrases par domaine suffisent. Objectif : rendre visible que ce n’est pas juste “de la flemme”.
7) Remplir les outils standardisés si tu peux
- ASRS v1.1 (OMS / Kessler et al.) [3] : questionnaire d’auto-évaluation en 6 + 12 items. Gratuit, en ligne ou téléchargeable. Ton psychiatre le connaît, il l’utilisera probablement. L’apporter pré-rempli gagne du temps.
- DIVA-5 [4] : interview structurée plus longue, utilisée en évaluation clinique. Tu peux la trouver sur divacenter.eu et la commencer chez toi pour préparer tes exemples. Pas obligatoire — ton praticien fera sa propre évaluation.
- Wender Utah Rating Scale : évaluation rétrospective des symptômes d’enfance. Utile si tu n’as pas de bulletins.
Tu peux aussi noter si tu as fait un dépistage TSA (autisme) — surtout si tu suspectes un AuDHD.
8) Préparer tes questions
Écris-les à l’avance. Tu auras un blanc sinon. Exemples classiques :
- Qu’attendez-vous de ce premier rdv ?
- Combien de séances prévoyez-vous avant de poser un diagnostic éventuel ?
- Utilisez-vous des outils structurés (ASRS, DIVA-5) ?
- Que se passe-t-il si vous confirmez un TDAH ? Et si vous écartez cette hypothèse ?
- Évaluez-vous aussi l’autisme si je le demande ?
- Acceptez-vous les questions par mail entre les rdv ?
- Quel est votre tarif, et quelle part est remboursée ?
Pendant le rdv — comment ça se passe bien
Apporte tes notes, sans honte
Beaucoup de personnes TDAH arrivent en rdv en se disant “je vais tout retenir”. Non. Arrive avec tes 2-3 pages. Dis explicitement au psychiatre : “J’ai préparé des notes, je préfère m’y appuyer parce que sinon j’oublie la moitié.” Tu verras : les psychiatres formés au TDAH adorent ça. C’est un signe que tu comprends comment ton cerveau fonctionne.
Demande à enregistrer si tu veux
Tu as le droit de demander à enregistrer la consultation pour la réécouter après. Le psychiatre peut refuser — c’est son droit. Mais beaucoup acceptent, surtout pour un premier rdv. Proposition simple :
“Est-ce que je peux enregistrer le rdv pour réécouter après ? Je sais que je vais oublier des choses importantes.”
Si refus : demande si tu peux prendre des notes pendant. Dans tous les cas, écris immédiatement après (voir ci-dessous).
Parle en exemples, pas en étiquettes
Si tu as préparé, c’est facile. “Je suis procrastinatrice” devient “j’ai rendu mon rapport à 4h du matin après 3 semaines de panique”. Les étiquettes, le psychiatre les sort lui-même. Toi, tu apportes la matière.
Pose tes questions
Au moins deux. Notamment : “Quelles sont les prochaines étapes ?” et “Sur quoi vous basez-vous pour évaluer ?” Un·e praticien·ne qui bloque sur ces questions, c’est un signal.
Pas peur de pleurer
Beaucoup de personnes pleurent en parlant de leur histoire pour la première fois. C’est normal. Un·e psychiatre formé·e y est habitué·e et ne le prend pas comme une mise en scène. Tu n’as pas besoin de tenir un visage “calme et rationnel” pour être cru·e.
J’avais préparé trois pages. J’ai pleuré à la deuxième ligne. Ma psychiatre m’a dit : “prenez votre temps, vos notes sont parfaites, je vous lis le temps que vous vous posiez.” C’est là que j’ai compris que je n’étais pas folle. Juste épuisée.
Après le rdv — les 30 minutes critiques
Note tout dans les 30 minutes
Le time blindness + l’émotion + la fatigue font qu’en 2h, tu auras oublié la moitié. Prévois de t’asseoir quelque part juste après (café, banc, voiture) et écris :
- Ce que le psychiatre a dit (diagnostic, hypothèses, plan).
- Les questions qu’il/elle t’a posées qui t’ont surpris·e.
- Les prochaines étapes annoncées.
- Les documents demandés (bulletins, test, bilan complémentaire).
- Ton ressenti global (confiance / méfiance / confusion).
Ces notes serviront pour le prochain rdv, et pour en discuter avec tes proches ou ton médecin traitant.
Si on te propose un médicament
Ne repars pas avec l’ordonnance sans au minimum :
- Connaître le nom exact (molécule + nom commercial).
- Comprendre pourquoi cette molécule plutôt qu’une autre.
- Savoir quelles alternatives existent et pourquoi elles ont été écartées.
- Connaître les effets secondaires principaux et ceux qui doivent te faire appeler.
- Savoir quand tu reviens et comment on évalue si ça marche.
Si tu ne te souviens plus de tes questions : tu peux demander à rappeler dans la journée ou envoyer un mail. C’est très légitime.
Si la réponse est “pas de diagnostic”
C’est possible, et ce n’est pas une fin en soi. Demande :
- Sur quels critères vous écartez le TDAH ?
- Qu’est-ce qui, selon vous, explique mes symptômes ?
- Peut-on explorer une autre piste ? (TSA, trouble de l’humeur, trouble de l’attachement, sommeil, hormones…)
- Pensez-vous qu’un second avis serait utile ?
Un·e praticien·ne sérieux·se accepte l’idée d’un deuxième avis. Si ça bloque : c’est un signal, pas une honte.
Outils pratiques téléchargeables ou listés
Templates de préparation
Voici un squelette que tu peux recopier dans ton outil préféré (Notes, Google Docs, bloc-notes papier).
1. MES SYMPTÔMES — INATTENTION
- Exemple concret 1 :
- Exemple concret 2 :
- Exemple concret 3 :
2. MES SYMPTÔMES — HYPERACTIVITÉ-IMPULSIVITÉ
- Exemple concret 1 :
- Exemple concret 2 :
3. DEPUIS QUAND
- Souvenirs d'enfance :
- Bulletin scolaire notable :
- Témoignage proche :
4. IMPACT FONCTIONNEL
- Travail :
- Couple/famille :
- Social :
- Argent :
- Santé/corps :
5. HISTORIQUE MÉDICAL
- Traitements actuels :
- Traitements antérieurs :
- Diagnostics antérieurs :
- Thérapies faites :
6. MES QUESTIONS
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Outils standardisés utiles
- ASRS-v1.1 (OMS) [3] — auto-questionnaire court, disponible sur hcp.med.harvard.edu/ncs/asrs.php. Version FR circulant chez HyperSupers.
- DIVA-5 [4] — interview structurée complète, divacenter.eu/DIVA.aspx. Existe en français, payante pour les cliniciens, souvent gratuite pour patients.
- Wender Utah Rating Scale — évaluation rétrospective des symptômes d’enfance.
Adresses et ressources francophones
- HyperSupers TDAH France [1] — l’association de référence nationale. Annuaire praticien·ne·s, ressources, groupes locaux. tdah-france.fr
- Associations partenaires / centres ressources [7] — HyperSupers maintient la liste des associations partenaires et des centres experts régionaux. Utile quand tu cherches un·e praticien·ne spécialisé·e dans ta zone.
- Centres experts TDAH adulte — Sainte-Anne (Paris), Pitié-Salpêtrière (Paris), Unité TDAH de Nantes, Le Vinatier (Lyon), CHU Montpellier, CHU Bordeaux, CHU Strasbourg entre autres. Délais longs (6-24 mois) mais évaluation pluridisciplinaire remboursée.
- Groupes de pairs — Discord, Facebook francophones. Utile pour trouver des praticien·ne·s, partager des expériences, pas pour poser un diagnostic.
Si tu pars en consultation sans avoir rien préparé
Ça arrive. Hiérarchie d’urgence si tu lis cette page dans le métro en route :
- Note dans ton téléphone 3 exemples concrets de cette semaine (un oubli, une procrastination, une crise émotionnelle).
- Note une phrase d’enfance qu’on t’a souvent dite (école, parents).
- Note ta question principale : “j’aimerais évaluer si j’ai un TDAH / AuDHD”.
- Respire. Si tu arrives les mains vides, ce n’est pas grave — le psychiatre est là pour t’aider à formuler. Tu peux même dire ça : “j’ai essayé de préparer mais je n’ai pas réussi à m’y mettre, c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je viens.”
C’est une donnée clinique en soi. Pas une honte.
Les signaux que ton/ta psychiatre n’est pas le bon match
À surveiller dès le premier rdv
- Ne demande pas ton histoire scolaire / d'enfance
- Balaye la piste TSA / AuDHD quand tu en parles
- Propose un diagnostic ou un traitement en une seule consultation sans évaluation structurée
- Dit que « le TDAH adulte n'existe pas vraiment » ou minimise sans expliquer
- Propose un traitement stimulant sans bilan cardiovasculaire ni évaluation des comorbidités
- Sur-vend une méthode exclusive (neurofeedback non-validé, compléments miracles, hypno 2 séances pour tout régler)
Si tu rencontres ça : n’insiste pas, n’en fais pas un drame. Change de praticien·ne. Ce n’est pas un échec, c’est un filtrage.
À retenir
- Préparer, c'est t'accorder un accommodement raisonnable — pas être hyper-scolaire
- Le concret (exemples datés, chiffrés) bat l'adjectif (« je suis désorganisée ») à plate couture
- Un avis tiers et un bulletin scolaire renforcent l'évaluation
- Apporter des notes écrites est un atout, pas une honte
- Noter ce qui a été dit dans les 30 minutes qui suivent évite l'oubli TDAH classique
- Un·e praticien·ne qui n'est pas le bon match, ça se change — n'accepte pas l'inacceptable
Pour aller plus loin
Sources citées
Chaque source est classée par niveau de preuve. Clique pour lire l'original.
- [1]Officiel2024TDAH adulte — ressources et parcours — HyperSupers TDAH France↑ retour au texte
- [2]Officiel2023TDAH chez l'adulte — note de cadrage et guide pratique — Haute Autorité de Santé (HAS)↑ retour au texte
- [3]Clinique2005Adult ADHD Self-Report Scale (ASRS-v1.1) Symptom Checklist — World Health Organization (WHO) / Kessler et al.↑ retour au texte
- [4]Clinique2019DIVA-5 — Diagnostic Interview for ADHD in Adults — DIVA Foundation (Kooij et al.)↑ retour au texte
- [5]Officiel2019↑ retour au texte
- [6]Officiel2022DSM-5-TR — critères diagnostiques du TDAH — American Psychiatric Association↑ retour au texte
- [7]Officiel2024Association pour le soutien et la recherche sur l'attention — ressources — ASRA / Ressources TDAH francophones↑ retour au texte